Sur le fond, sur le même mode démocratique qu'en France, par exemple : régularité des échéances, scrutin universel sans distinction de sexe, race ou religion, vote à bulletin secret, commissions de contrôle mixtes, etc. L'Etat de droit est assuré, y compris en période de guerre. Ainsi, en janvier 1949, la guerre d'Indépendance (ou première guerre israélo-arabe) n'était même pas encore achevée que le tout premier scrutin de l'Etat se tenait officiellement. Idem quelques mois à peine après la fin de la guerre du Kippour, au printemps 1974.
Pas réellement. La loi de dissolution de la Knesset avait établi la date du 28 mars pour un scrutin législatif, et, au fond, l'état de santé du premier ministre ne change pas grand-chose à l'affaire. On a vu le vice-premier ministre, Ehoud Olmert, assurer l'intérim conformément à la loi, et nulle contestation politique, militaire ou juridique ne s'est manifestée. Du reste, il faut rappeler qu'à deux reprises déjà Israël a connu la mort d'un premier ministre dans l'exercice de ses fonctions : celle naturelle et subite de Lévi Eshkol en 1969, et celle tragique et violente d'Itshak Rabin en 1995. A chaque fois, la continuité de l'Etat fut garantie sans coup férir.
Là, on est aux antipodes de ce qui prévaut sous notre Vè République. Car en Israël – depuis la création de l'Etat en 1948 – le scrutin est à la proportionnelle intégrale à un tour, ce qui rappelle plutôt la IVè République ou le système italien. Toute liste comporte 120 noms pour pourvoir autant de sièges que compte la Knesset, assemblée unique. L'avantage de ce mode de scrutin est qu'il est extrêmement juste et démocratique ; dès qu'une liste obtient plus de 1,5 des suffrages exprimés, elle obtient au moins 2 députés. On a donc une sorte de photographie instantanée de l'opinion. L'inconvénient majeur réside dans l'émiettement d'une part (en 1999, 17 partis politiques se partageaient les 120 sièges !), la difficulté à bâtir une coalition stable mais aussi cohérente d'autre part. Chaque petite formation sectorielle, ethno-culturelle, monoprogrammatique ou extrémiste exige beaucoup pour appartenir à la coalition, et parfois pour y rester. Il en résulte un marchandage permanent et une instabilité chronique.
Oui et non. Ici comme en Israël, le chef de l'exécutif est le président, mais là-bas il ne dispose que de pouvoirs symboliques : accorder des droits de grâce, accréditer des ambassadeurs, etc. Au fond, sa seule fonction importante – quoique strictement balisée – c'est de désigner la tête de liste ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages lors des élections législatives, afin qu'elle réunisse cette fameuse coalition autour de son parti. Si ce chef de parti échoue – ce qui arrive rarement (il dispose de trois semaines, renouvelable une fois) – le président confie au n°1 de la seconde liste en suffrages exprimés la même tâche, et ainsi de suite théoriquement. J'ajoute que le président israélien est élu par la Knesset et non au suffrage universel.
Au final, les régimes français présidentiel et israélien parlementaire fonctionnent sur un mécanisme de nature authentiquement démocratique, et c'est là l'essentiel…
Docteur en géopolitique, Frédéric ENCEL est consultant et expert en risques-pays, professeur de relations internationales à l'ESG-Paris, maître de séminaires à Sciences-Po Rennes (préparation ENA). Il est l'auteur de sept ouvrages consacrés à la géopolitique et au Moyen-Orient.
Propos recueillis par David Chelly, le 16 janvier 2006
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Frédéric Encel, Expert en risque-pays
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- frédéric encel chez Arabie-saoudite.com, frédéric encel chez Démocratie-electronique.org,page de frédéric encel à l'Ecole Supérieure de Gestion
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